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Démarche artistique

Cyril Lecat

Né en 1992 à Roubaix, dans le nord de la France, j’ai grandi dans un environnement où la valeur d’une personne se mesure davantage à ce qu’elle fait qu’à ce qu’elle dit.

J’ai grandi dans une famille éclatée, sans jamais vraiment développer de sentiment d’appartenance à un groupe. Très tôt, j’ai donc naturellement mis de la distance envers les structures et les principes censés organiser nos vies.

Malgré ça, à 30 ans, j’avais construit ce que l’on attend d’une personne qui « réussit sa vie » : un statut social, des entreprises, un patrimoine.

Tout ce qu’on nous apprend à désirer, je l’avais.

Alors j’ai tout arrêté. J’ai abandonné mes repères.

J’ai choisi de tout vendre, d’arrêter de faire, pour découvrir ce qu’il resterait de moi quand il n’y aurait plus de rôle à jouer.

Sans statut, sans patrimoine, sans les signes extérieurs qui me définissaient, que resterait-il de Cyril ?

C’est dans cet espace de vide que la création a pris une place essentielle. Non comme une réponse définitive, mais comme une manière d’explorer ce qui nous relie à nous-mêmes, aux autres et au monde.

Ma pratique s’articule autour d’une attention particulière à ce qui se ressent avant de se voir. Je ne planifie pas mes travaux à l’avance : ils émergent d’une intuition, d’une sensation, d’une rencontre ou d’un détail qui retient mon attention.

Photographie, création sonore, arts plastiques, écriture : j’explore différents médiums sans en privilégier un par principe. Le sujet détermine la forme, jamais l’inverse.

Le visible ne suffit pas.

Tout peut se voir.

Mais voir et regarder impliquent-ils la même chose ?

J’ai toujours eu le sentiment de percevoir le monde avec une calibration différente. Des couleurs que je ne distingue pas comme les autres, du fait de mon daltonisme. Des émotions que je pressens avant qu’elles ne trouvent leurs mots. Des détails qui, sans raison apparente, retiennent mon attention.

Ce n’est ni une méthode que j’ai élaborée, ni un positionnement artistique que j’ai choisi. Ce sont les cartes que la vie m’a distribuées. Ma manière d’être au monde.

Dans mon travail, je pars d’un lieu, d’une situation, d’une parole, d’une sensation, d’un souvenir, d’une émotion, d’un questionnement, d’un geste, d’un son, d’une culture ou d’une langue. Je m’y attarde. J’observe ce qui m’échappe autant que ce qui s’impose à moi. Puis je transforme cette perception en matière.

L’enjeu n’est pas simplement de montrer ce que j’ai vu, mais de donner une forme à ce qui, jusque-là, demeurait diffus, silencieux ou difficile à nommer.

De rendre perceptible quelque chose que d’autres ressentaient peut-être déjà, sans avoir encore pris le temps de le regarder.

Je capte le subtil. Je le transforme en matière. Je lui donne une forme pour qu’il puisse être ressenti à son tour.
Cyrilo